La Horde : avis
Affirmer que La Horde était attendu serait un euphémisme. Surtout que l’un de ses instigateurs (Yannick Dahan) est un critique ciné connu des passionnés pour ses coups de cœur aussi forts que ses coups de gueule. Autant dire qu’il était plutôt attendu au tournant.
Je suis allé voir le film hier soir à une avant première Parisienne avec un sentiment assez bizarre. Je ressentais une certaine impatience mais également de la peur. Peur d’être horriblement déçu. Les critiques quasi unanimement plutôt négatives (en tout cas pour ce qui est de la presse papier) n’ont pas arrangé cet état. Surtout que la France n’est pas réputée pour son cinéma de genre.
L’avant première commença dés l’arrivée dans le cinéma. Les membres de l’équipe du film (réalisateurs, scénaristes, acteurs) étaient là à discuter tranquillement en plein milieu de la foule. Une fois installé dans la salle de ciné qui débordait de monde (ils ont dû installer des sièges supplémentaires) les deux réalisateurs prirent place devant la toile. Ils tinrent tout les deux un discours similaire : le film n’a pas été facile à monter, il a été fait pour le public, il n’y a pas de sous texte, les spectateurs ne doivent pas hésiter à s’exprimer pendant la projection (applaudir, rire, hurler, etc…). Cet enthousiasme, ce véritable amour du film fait plaisir. Surtout que les acteurs qui débarqueront ensuite aussi tinrent un peu le même discours.
Là j’eus un doute : je viens voir un film premier degrés et on m’invite à rire. Dois je me moquer du film ?
A l’inverse de la projection des films japonais ce week-end à l’Absurde Séance (voir ici), je sortis de la projection avec la patate. J’étais comme électrisé, plein d’euphorie. Des mots me revenaient sans cesse en tête : fun, génial, violent, hargneux, drôle et…badass !!!
Vu leur note d’intention, les scénaristes et réalisateurs (Dahan, Rocher, Moïssakis, et Bordas) ont réussi leur pari. A aucun moment ils ont dit qu’il avaient fait un grand film complexe et profond.
Alors non, je ne suis pas déçu, j’ai même été très agréablement surpris. La Horde est très efficace. Il zappe rapidement tout l’aspect psychologique, la présentation des personnages, le contexte, etc…
Pourquoi s’embêter à présenter tout ça pendant 30 minutes au début du film alors que ça peut se faire pendant le film en lui même ? Chaque personnage est caractérisé par son allure, par ses actes. Son background se sent durant le fim.
La Horde fonce en ligne droite, c’est à dire du haut de l’immeuble jusqu’au rez de chaussé.
Efficace, La Horde l’est, drôle aussi. Je m’attendais moins à cet aspect. Pourtant c’est un fait. Les instigateurs du film ne se prennent pas au sérieux. Je ne compte pas le nombre de fois où la salle a éclaté de rire (moi avec). Alors attention, non La Horde n’est pas une comédie zombiesque comme peut l’être Shaun Of The Dead. C’est juste un polar qui devient un pur film de zombie orné de pastilles comiques. Vous me suivez ?
Le film est bourrin car chaque zombie se prend des milliers de bastos, de coups de poings, de couteaux, de hache, etc… Il l’est aussi de par son sound design. La musique est puissante, le son est lourd (les hurlements des zombies), très grave. Parfois les dialogues sont inaudibles. Peut être est ce voulu, pour imposer l’aspect chaotique.
Devant certaines scènes pleine de hargne supra exagérée le public hurlait de joie, de jouissance même !
Les personnages sont plutôt bien dessinés, esquissés devraient-je dire car ils ont leur part d’ombre. On ne nous explique pas tout. Je serais presque tenté de dire qu’on ne nous explique quasiment rien. Ils sont par contre très caractérisés tel des personnages de BD ou de jeux vidéo.
D’ailleurs, on retrouve ici une des références (involontaire celle-ci, merci Trypode pour la précision) : Assaut. En effet, tout comme dans ce grand film de Big John, les plus ou moins bons, s’allient aux plus moins mauvais pour faire face à une menace commune.
Gros coup de cœur pour le personnage de René (Yves Pignot) qui n’est lié à aucun des fronts, et qui apporte au film un côté délirant de Tonton Flingueur typiquement français.
Il faut souligner que le film a aussi des passages plutôt effrayants et une scène tout particulièrement dérangeante.
La photographie est vraiment léchée (en tout cas pour 99% du film). Les effets spéciaux le sont tout autant. On remarquera juste un peu de sang numérique et une scène sur fond vert qui ne sont franchement pas gênants.
Le film est très violent mais pas forcément très gore (il n’est qu’interdit au moins de 12 ans).
J’avais très peur que l’interprétation ne soit pas à niveau. Je dirais qu’elle est très inégale selon les interprètes. Les acteurs ont en tout cas le mérite d’avoir de vraies gueules, des voix et un sacré charisme.
Donc pour résumer, oui j’ai adoré ce film. Je dirais même que je souhaite de tout coeur le soutenir. Ce type d’oeuvre est rare chez nous (je serais tenté de dire qu’elle est unique) et qu’elle a en plus le mérite d’avoir été faite avec une profonde honnêteté et humilité.
Elle n’est certes pas parfaite, mais c’est le premier film de ses instigateurs il ne faut pas l’oublier. Et en tant que tel je ne peux que dire chapeau.
Ce film, fait par des critiques (en dehors de Rocher, ils l’ont tous été) a été créé pour le public ça c’est certain. Sans doute moins pour les critiques. J’aime cette ironie.
Pour reprendre la délicate réplique du film : allez voir le film bande d’enculés !!!!
février 10th, 2010 massacré par Desperate Zombie | 19 Commentaires »





