Ghita d’Alizarr : avis [l'erotic-fantasy selon Frank Thorne]

Posté le 13 juin 2011 par Acide Morgenstern dans BD avec comme tags ,

Ah ! Ghita d’Alizarr ! Pour bien comprendre d’où vient le personnage, un petit retour sur un autre personnage féminin de comics d’heroïc-fantasy : Red Sonja ! A l’instar de Conan, Red Sonja est un personnage créé par Robert E Howard. Si, à sa création, la combattante est censée évoluer au XVIème siècle, Marvel Comics décide de l’intégrer à la bande dessinée Conan. Dés lors, la nécessaire (ré)interprétation esthétique d’abord assez sage dans les premières aventures va donner naissance à une véritable icône sexuelle lorsque Marvel donne à Red Sonja sa propre série ! La série encore balbutiante, Frank Thorne y débarque, y entérine le célèbre autant qu’improbable bikini de cotte de mailles si typique des bédés ricaines de swords’n'sorcery depuis et contribue pendant plusieurs mois à la popularisation du personnage avant de quitter l’aventure en 1978. Si Thorne aurait aimé pouvoir se lâcher complètement sur le personnage, Marvel admettra quand même sa gêne face à sa représentation übersexy…

Malgré d’autres bandes dessinées publiées dans Playboy ou le National Lampoon, on peut sans mal imaginer la frustration de Thorne de ne pas avoir pu être aussi libre qu’il aurait pu le souhaiter sur Red Sonja… d’où, sûrement, la naissance de Ghita d’Alizarr ! Orientant alors son récit vers une sorte de version décalée et coquine mais respectueuse du genre, il la vêtira des mêmes atours, Ghita évoluant alors dans un univers de fantasy barbare rappelant fortement le monde hyboréen. Le point de départ de la saga : Ghita est courtisane et maîtresse favorite du roi d’Alizarr. Lors d’une invasion brutale de la Cité par une gigantesque armée d’hommes reptiles, le roi perd la vie. Aidée par son compagnon, le sorcier-imposteur Thenef, son destin va la mener à la libération de la Cité d’Alizarr ! De là à penser à une sorte de coulisse du monde (et des aventures de Red Sonja), il n’y a qu’un pas…

En capillotractant, ce comic-book pourrait autant faire penser à un chaînon manquant entre le Conan de Buscema et le Barbarella de Forest… Graphiquement, on pense clairement à son travail sur Red Sonja : j’adore son trait ! Agréable et clair… On sent d’ailleurs combien Thorne aime dessiner les belles femmes, représentant souvent sa Ghita comme une véritable pin-up de fantasy. Et la petite touche visuelle en plus de Thorne, c’est sa maniaquerie qui le pousse à soigner l’agencement des cases et leurs formes jusqu’à en faire des objets graphiques, de véritables emballages de ses dessins afin de créer chaque page comme un tout, chaque planche comme autant de «mini-fresques».

La saga de Ghita d’Alizarr comprend originellement deux volumes mais les découvrir dans nos contrées n’est pas une mince affaire. Certains collectionneurs ou curieux ont toutefois pu en lire un bon morceau dans une excellente revue de bande dessinée SF des 70/80′s : Ere Comprimée (même s’il aurait été plus logique de la voir dans Fantastik, sa petite sœur…). Pour les autres, un petit tour sur le net pourra peut-être les aiguiller sur une réédition américaine plus récente, une complète en un seul gros volume et à la couverture assez sympa chez Eros-Comics. Je ne désespère pas de voir Ghita of Alizarr rééditée chez nous, Delcourt ayant récemment sorti une autre saga de Thorne (Iron Devil)… on croise les doigts !