Devil in Miss Jones : critique [l'Enfer, ça se mérite !]

Posté le 22 mai 2011 par Acide Morgenstern dans Cinéma, critique de film avec comme tags

Gérard Damiano, réalisateur de près d’une cinquantaine de films pornographiques, a mis en boîte une poignée de perles restées dans les mémoires des cinéphages déviants : Deepthroat, the Story of Joanna, Odyssey et ce fameux Devil in Miss Jones (1973).

Pour Devil in Miss Jones, son actrice principale Georgina Spelvin a 37 ans et n’a encore jamais tourné dans le genre. Un choix assez exceptionnel mais justifié par le propos dramatique du film : Justine Jones est une femme approchant la quarantaine. Dans son appartement, seule avec elle-même, dépressive après le constat d’une vie jusqu’à aujourd’hui trop bien rangée, sans plaisir et sans audace, elle décide de mettre fin à ses jours. Dans son bain, elle se lacère les poignets.

Malheureusement pour Miss Jones, les souffrances de sa vie exemplaire n’auront servi à rien : en mettant fin à ses jours par elle-même, les portes du Paradis se sont fermées. L’Enfer l’attend. Quitte à être expédiée en Enfer, autant que ce soit pour quelque chose ! Justine fait une demande à son guide dans l’au-delà : pouvoir faire une croix sur ses frustrations en vivant des moments de luxure intense avant sa descente en Enfer ! Son vœu accordé, elle s’adonne avec passion aux plaisirs de la chair…

Sur ce scénario tragique, Damiano enchaîne les scènes avec plus ou moins de transition (pour ne pas dire sans !), et nous offre quelques visions perverses assez inattendues, en témoignent cette scène de masturbation au jet d’eau sur fond de musique signée Ennio Morricone (pour un air déjà entendue chez Sergio Leone) ou encore cette autre scène dans laquelle l’héroïne partage son corps avec une autre jeune femme au corps huilé (l’actrice Clair Lumière, qui était d’ailleurs semble-t-il la compagne de Georgina Spelvin dans la vie )…

Si l’on peut regretter que Gérard Damiano «oublie» quelque peu de structurer son œuvre de manière cohérente et équilibrée, son projet artistique se révèle être une charge violente envers le dogme religieux, critiquant la terreur imposée par celui-ci et jouant avec les symboles comme l’illustre la scène la plus célèbre du film : Justine s’adonnant à des jeux érotiques avec un serpent ! Cette scène est d’ailleurs la plus dérangeante du film et celle dont le potentiel érotique n’est pas vraiment le fort…

Devil in Miss Jones se révèle comme un drame fantastique et pornographique noir et désespéré dont la conclusion logique et présagée dans les premières minutes est annoncée par le réalisateur lui-même, jouant le rôle d’un condamné à l’Enfer (à son enfer !) devenu fou…

Le film est disponible dans la collection l’Age d’Or du X Américain concoctée par les éditions Wildside. Une collection aujourd’hui malheureusement suspendue, la faute à des distributeurs qui ne joueraient pas le jeu comme en atteste le petit papier de Libé à lire ici !