Vampires : critique [BIFFF 2010]
Posté le 15 septembre 2010 par Persephoneeia dans Cinéma, critique de film avec comme tags BIFFF, humour, vampireRéalisation : Vincent Lannoo
Palmarès : prix du public
Sur le programme du BIFFF 2010 en ligne, à la date du 17 avril, était mentionné le film Vampires. Chose rare, aucun trailer n’était disponible. Il était néanmoins possible d’admirer cette photo :
… et de lire ce slogan : « They’re… Not scary. Not sexy. Not trendy. Just Belgian ».
Qui peut résister à une telle publicité? Et puis, qu’est-ce que j’avais dit à propos de l’omniprésence des vampires? La programmation vampirique de ce festival 2010 ne faisait pas défaut à cette nouvelle mode. Mais cette fois-ci, les suceurs de sang sont Belges… Belges ?!
Je me suis donc rendue sur le site de Tour et Taxis, en ne sachant pas à quoi m’attendre. L’après-midi est vite passée :
16h, projection de Metropia
17h45, troll en compagnie d’autres bifffeurs.
18h, début de Vampires.
19h45, je fonce avec enthousiasme à l’interview de l’équipe du film : celui-ci était tout simplement génial !
Dès les premières images, Vincent Van Lannoo nous plonge dans l’action : après plusieurs essais sanglants, une équipe de tournage parvient à filmer un documentaire sur la communauté des vampires de Belgique. Les journalistes sont, pour cette occasion, accueillis par le vampire Georges Saint-Germain et sa « charmante » famille : sa femme, la plantureuse Bertha; son fils, l’impulsif/naïf/séducteur Samson et sa fille Grace, l’adolescente mal dans sa peau. Ceux-ci leur ouvriront les portes de leur maison et de leur (non-)vie avec une générosité sans précédent. Rien ne sera caché aux spectateurs, du plus sanglant au plus ridicule. Une tranche de vie dans une famille comme les autres.
Loin des vampires traditionnels, plus proches de votre voisin (avec d’étranges mœurs, d’accord), ces suceurs de sang là vous feront vite oublier les mauvais films de genre et les nombreux clichés que vous avez pu voir sur le sujet. Ici pas de sombres châteaux sur de mystérieuses falaises, des velours sensuels, ni même de charmeurs à longues capes… mais plutôt des appartements de banlieue petite-bourgeoise et des cercueils en contre-plaqué (vendus par un certain Julien Doré).
On assiste joyeusement, dans le rôle de voyeurs, à une vie familiale banale et décalée. Georges et les siens sont fiers de se montrer tout en tentant de minimiser les inévitables moments ridicules. Le spectateur oscille entre gêne et surprise : le mélange est hilarant.
Vampires est donc une comédie à l’humour noir. Conscient de l’héritage du film C’est arrivé près de chez vous (le parallèle est presque inévitable), Vampires ne fonctionne pourtant pas selon la même dynamique. Pas de volonté de choquer ici, le film est avant tout une comédie…. Un docu-fiction, qui s’inspire plutôt de l’émission Strip-tease (« L’émission qui vous déshabille »).
L’histoire a tout de même des côtés difficiles, il ne faut pas le cacher. La noirceur du ton prend parfois le dessus : parce que les vampires ont une nature cruelle à nos yeux, mais surtout par le reflet des déviances humaines qui transparaissent entre les scènes (trafic, abandons, vénalité, dénis et autres négligences). Néanmoins, on se marre. Et beaucoup. Avec quel autre film apprendrez-vous à jouer à « 1..2..3 lune », à customiser le cercueil de votre fille adolescente ou encore à conserver la fraîcheur de votre jeune-homme-garde-manger (« la viande ») ? Les codes de la société vampire belge n’auront plus de secret pour vous.
Pour ne rien gâcher, les acteurs font preuve de beaucoup de talent. Les personnages ont été construits en équipe : Vincent Lannoo a donné champs libre aux acteurs pour interpréter les personnage qu’il a imaginé. Le résultat est très convaincant : on réagit parfois étonnamment aux états d’âmes et aventures des Saint-Germain et de leurs consorts.
Vampires a reçu le prix du public du BIFFF 2010. Il ne pouvait être récompensé par un prix plus adapté. Lorsque le nom du film a été prononcé à la cérémonie de clôture du festival et que l’équipe du film est monté sur scène, il a été difficile de faire cesser les applaudissements dans la salle.
J’entends souvent dire que le cinéma belge est déprimant… ou encore qu’il est comme notre temps, gris et mélancolique. Hum. Je ne sais pas… Quoiqu’il en soit, si vous avez encore des doutes, allez voir Vampires au plus vite. Quelque chose me dit que vous adorerez.



