Thriller : A Cruel Picture [critique]

Posté le 11 août 2010 par Mordorion dans Cinéma, critique de film avec comme tags , , , ,

Gentil n’a qu’un œil* ?

Tentons de faire (re)découvrir d’obscures perles du cinéma !

Aujourd’hui, un classique, le fleuron du Rape & Revenge : Thriller A Cruel Picture (également connu sous le nom *They Call Her On Eye) Là, nous sommes dans le cinoche d’exploitation d’hommes, les vrais. Avec de la pornographie, des thèmes déviants et un jusqu’au boutisme . Réputation sulfureuse, interdiction dans plusieurs pays, bienvenue dans le monde du grindhouse.
Le pitch ? Une petite fille se fait violer par un vieillard, devient traumatisée ( quelle petite nature …) et muette. C’est tout ? non-non nous sommes ici dans un film d’exploitation ! Donc cette jeune fille grandit et est mise sur le trottoir par un gros vilain arborant une sémillante moustache de footballeur allemand des années 80. Elle subit des tortures, viols, devient toxicomane. Madeleine se dit qu’elle va trouver une once de réconfort chez ses parents : elle leur raconte alors ses mésaventures mais ces derniers se suicident de honte.

Bam.

Mais notre gros vicieux n’avait pas prévu que Madeleine allait être (un peu) énervée. Elle va s’entrainer à combattre, au maniement des armes, et dans l’énergie du désespoir partir exterminer toutes les personnes qui l’ont fait chier. Ça fait pas mal de monde. Elle va le faire avec classe expérimentale : ralenti à la Peckinpah, mouvement des corps en complet décalage avec le contexte, sons étranges, vrombissements, plans saccadés, flashback … une iconographie qui inspirera énormément Tarantino et une grande partie du Rape & Revenge des 80’s. Le fameux bandeau noir sur l’œil. They Call Her On Eye a influencé toute cette veine, pour ce qui est du cinéma occidental comme I Spit On Your Grave ou l’Ange de la Vengeance.

L’intelligence cinématographique de ce métrage ne sera quant à elle pas souvent égalée dans le genre. Malgré le sujet hardcore, il n’est pas question de contemplation malsaine à la Raped By An Angel et autres boutades de troubadours. Dans le prolongement des scènes de viols (stock-shot pornographiques dans la version Director’s Cut) les scènes de vengeance et de massacre substituent les gerbes de sang par un fluide rappelant fortement le jus d’amour masculin. Grace au thème et à son traitement : on parvient à toucher du bout du doigt les sentiments de Madeleine, on l’accompagne, on crève un peu avec elle tout au long du film.

On ne peut qu’être dérangé et le spectateur se voit poussé hors de son voyeurisme. Les expérimentations pelliculées permettent un sursaut hors de la réalité, ce qui paradoxalement véhicule un malaise grandissant : l’exagération des situations appuie le sentiment d’empathie. Un métrage à part, viscéral (bigre, j’ai hésité à employer ce terme désormais galvaudé) qui tient en haleine, monte en puissance jusqu’à son magistral final, best-of des trouvailles de mise en scène de tout le film. On plonge durant quinze minutes dans un véritable western spaghetti, mélange entre Leone (pour les plans de visages, les vêtements, le lieu) et Castellari (torture, crasse).
Une perle noire à découvrir ou redécouvrir, pour constater que depuis 36 ans maintenant, un film continue d’inspirer le cinéma d’exploitation, et pour une fois encore admirer la totale liberté de ton et de traitement du cinéma des seventies.

1974, Film Suédois de Bo Arne Vibenius, la merveilleuse Christina Lindberg interprète Madeleine. Film interdit au moins de 18 ans dans sa version Director’s Cut, trouvable sur amazon.co.uk ou ebay pour une petite poignée d’euros.
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