Valhalla Rising : critique [BIFFF 2010]
Posté le 24 juillet 2010 par Persephoneeia dans Cinéma, critique de film avec comme tags BIFFF, ChroniqueRéalisation : Nicolas Winding Refn
Pour vous raconter Valhalla Rising, je dois commencer par la fin. Non pas la fin du film – bon sang, je vous la laisse découvrir – mais par la fin de la séance. Ce moment de grâce ou de lassitude, quand nos pas nous emmènent hors de la salle et que l’on a encore la tête ailleurs. C’est à cet instant précis que les premiers commentaires se font entendre, même si on n’a pas toujours envie de les exprimer. On se sent comme obligé de briser par la parole les derniers liens silencieux qui nous attachaient au film pour revenir à la réalité. À la sortie de Valhalla Rising, donc, c’était un peu le choc des titans des critiques : tout le monde était catégorique… mais pas du même avis. Il n’y avait pas de juste milieu, ni de personnes mitigées. Ceux qui ont « a-d-o-r-é » devaient affronter les mines dégoûtées des gens qui ont décidé que ce film était « foutrement chiant » ou « poseur ».
J’ai adoré Valhalla Rising.
En pleine christianisation des contrées nordiques, les derniers représentants de mythes éculés survivent dans leur tradition. Un guerrier borgne et muet (One-Eye/Mads Mikkelsen) est leur prisonnier. Mais ce combattant féroce que les chefs de clans se disputent réussit à s’échapper avec un enfant. Ils rencontreront alors un groupe de chrétiens qui leur proposeront de les suivre en croisade.
Divisé en six chapitres, les aventures du guerrier silencieux (la très mauvaise adaptation du titre en français) forment une œuvre visuelle et auditive à part entière. L’esthétique du film est extrêmement travaillée, des paysages oniriques envahissent l’écran. Ils nous plongent dans un ailleurs sombre et hors du temps, à la frontière entre la mythologie et la dissolution des derniers remparts de ce qui était considéré comme barbarie.
Pour intensifier chaque séquence, une musique entêtante martèle les scènes comme si elles devaient se graver en nous (œuvre des Danois Peter Peter and Peter Kyed, qui sont aussi les compositeurs de la BO de Pusher). Hypnotique.
Pour ne rien gâcher, Mads Mikkelsen endosse le rôle de One-Eye avec charisme. Il prouve, encore une fois, qu’il peut incarner n’importe quel personnage. Comparez Svend-la-Sueur dans les Bouchers Verts (d’un autre excellent réalisateur Danois : Anders-Thomas Jensen) à Tonny dans Pusher, la transition est… étonnante !
Mais attention. N’allez pas voir Valhalla Rising si vous voulez voir un film de viking : ne vous attendez pas à voir de l’action et des types musclés, aux longs cheveux sales s’en foutre plein la gueule avec des épées primitives pendant deux heures. Valhalla Rising est plutôt expérimental. Il s’agit tant d’un voyage initiatique (une plongée aux enfers entraînant mort et renaissance) que d’une expérience cinématographique particulière.
À mon grand regret, le film n’a remporté aucun prix au BIFFF 2010. Il concourait pourtant dans la catégorie 7e parallèle, aux côtés de Fish Story (qui, paraît-il, est assez bien), Vampires (génial) ou encore Metropia.


