Cold Souls : critique [BIFFF 2010]
Posté le 4 mai 2010 par Persephoneeia dans Cinéma, critique de film avec comme tags BIFFF, Chronique, festivalMardi 13 avril 2010 – « Une chanson »
Le BIFFF est un festival de traditions. Il existe des usages et des coutumes tacites qui se respectent et se transmettent d’année en année. « La chanson » est une expression coutumière appartenant à ces traditions qui, juste prononcée, déclenche généralement une marée de cris de joie dans le public. Quelques explications s’imposent : chaque réalisateur ou personnage se présentant devant les spectateurs se voit empêché de parler jusqu’à ce qu’il ait entamé une chanson. C’est un exercice difficile qui nécessite beaucoup de cran, de l’humour et un soupçon d’audace. Vous n’avez aucun des trois ? Pas de problème : du moment que vous fredonniez un air, la foule peut être contente.
Il y a de beaux résultats : Nabil Ben Yadir (jury international 2010, réalisateur du film Les Barons) nous a déchaîné avec un « rap » de ce bon vieux Benny B (« Mais vous êtes fou ? »).
Il y a aussi des plus intrigants : Dario Argento, en 2007, a fait passer pour une chanson un cri long et effroyable.
Les timides : Tommy Wirkola (jury international 2010, réalisateur de Dead Snow) et sa comptine/chanson en finlandais (c’était bien du finlandais ?).
Les récalcitrants : il y en a toujours qui ne veulent pas chanter ou qui essayent de se défiler…
Il y a aussi ceux qui ne viennent pas : Sophie Barthes en fait partie. Bon, elle avait une bonne excuse : elle était accompagnée de son nouveau-né. Oui. Bon. On ne lui en veut pas : elle s’est prêtée avec zèle à l’exercice du Q&A juste après la projection.
Cold Souls
Réalisation : Sophie Barthes
L’acteur Paul Giamatti (jouant ici son propre rôle) est pris dans une tourmente existentielle à la suite de répétitions d’une pièce de théâtre de Tchekhov, L’oncle Vania. Il est triste, angoissé et, surtout, en dehors de son rôle. Dans cet état d’esprit agité, il lit une annonce dans un journal lui offrant de le « soulager » de son âme. Sans attendre, il prend rendez-vous avec la société proposant cet étrange service et décide de se faire « extraire » l’âme, le temps de se retrouver.
Sophie Barthes nous offre une réalisation tendre et humoristique autour de l’âme, qui peut nous rappeler le ton de certains films de Woody Allen. Malgré sa longueur, le film a l’avantage d’être chargé d’un humour délicat. J’ai apprécié la simplicité et parfois le détachement avec lequel les personnages traitent le sujet de l’âme et ce qui nous compose et nous anime. L’absurde rencontre la légèreté à travers ces acteurs, sur un fond général plus profond.
Pour ne rien gâcher, Paul Giamatti est excellent dans son interprétation de lui-même. On rie ou on s’inquiète avec lui, en suivant sa mine tantôt déconfite, tantôt réjouie et les mouvements de son expressif visage.
Cold souls n’est pas un film d’action, même au sens le plus léger du terme. Dès lors, il peut être considéré comme un peu plat si on ne le ressent pas comme une « tranche de vie ». Il faut se laisser emporter par le film, se laisser flotter et confier son âme et ses tracas quotidiens à Sophie Barthes, l’espace d’une séance de cinéma. Car, s’il n’existe pas encore d’entreprise d’extraction d’âme, de tels films nous offrent tout de même le répit d’un moment passé à suivre les pérégrinations d’autres esprits mouvants.



