[Reportage] Yannick Dahan au Cabinet des Curiosités

Posted by Desperate Zombie on janvier 01, 2010 in Cinéma tagged with ,

Yannick Dahan, surtout connu comme critique par les fanatiques du Cinéma de genre, a décidé de passer à la réalisation avec son très attendu La Horde.
Darkplanneur a alors décidé de l’inviter dans son programme pour en parler et par la même occasion de me permettre d’assister au tournage, tout en étant accompagné d’un(e) lecteur (lectrice).
Ne pouvant y aller moi même, j’y ai envoyé mes reporters de choc : Violaine et Trypode !
Ce dernier en a profité pour shooter le tournage et écrire un compte rendu de celui-ci. Merci à lui (au passage, n’hésitez pas à passer sur sa galerie
Flickr) pour son excellent travail !
Je tiens également à remercier Darkplanneur pour avoir permis cela et pour son accueil !

Je vous tiendrais évidemment au courant lors de la sortie de ce nouvel épisode du Cabinet des Curiosités.

Pour une fois, je vais me taire, et laisser parler quelqu’un d’autre. En l’occurrence, Trypode :


C’est dans le cadre branchouille-bon-genre d’un bar du 18e arrondissement que le Cabinet des Curiosités de Darkplanneur s’installe ce lundi soir afin d’y recevoir Yannick Dahan : journaliste, critique et désormais coréalisateur du très attendu La Horde. Pendant une bonne heure et demie, Yannick Dahan répondra aux questions de son hôte assis derrière lui, à la manière d’un psychiatre ; entouré d’un public composé d’une quinzaine de fans et de curieux. Cette interview va rapidement se transformer en quasi-monologue passionnant d’un auteur passionné.

À moins d’un mois de la sortie de son premier long-métrage, Yannick Dahan n’a encore lu aucune critique à propos de La Horde. Non pas qu’il soit fébrile à l’idée de découvrir ce que ses collègues disent de lui mais sans doute parce qu’il trouve que trop nombreux sont les critiques qui manquent cruellement de professionnalisme. Dahan est parfois dur dans ses chroniques, il le reconnait bien volontiers, mais n’en regrette aucune pour autant car le travail de critique consiste à améliorer le médium auquel il se consacre.

La Horde fut un travail de longue haleine, quatre années en tout pour pondre ce premier long-métrage. Bien que seul devant Darkplanneur pour cette interview à bâtons rompus, Dahan relate que le travail fut à 100% partagé avec son binôme Benjamin Rocher, jusqu’au final cut sur la table de montage. La Horde surferait-il volontairement sur la vague des Zombie Flick ? Pure coïncidence : Dahan et Rocher travaillant sur ce film depuis pas mal d’années et trouvant que visuellement, les zombies c’est l’idéal pour un film badass. D’ailleurs La Horde n’est pas un film de zombie. À l’origine le film devait être un polar avec un fond social : les habitants de l’immeuble servant de cadre au film devaient être portraiturés afin de montrer les conflits intra-communautaires ; véritable silo de poudre prêt à exploser à la moindre étincelle. Mais de l’écriture au montage, le film a pris une toute autre tournure : La Horde se veut avant tout un film d’action avec des zombies dedans. Nous apprenons ainsi que des scènes trop hardcore auraient été coupées, non pas de crainte de la censure mais avant tout pour coller à l’ambiance générale du film.

Dahan reviendra d’ailleurs sur la récente vague de films de genre français comprenant MartyrsFrontière(s) ou encore À l’intérieur, tous trois extrêmes et jusqu’au-boutistes dans leur démarche de vouloir remuer le cinéma français ultra-formaté actuel. La Horde n’arpente pas le même chemin : Dahan et Rocher voulant offrir aux spectateurs un film qu’ils auraient adorés voir en salle; à la fois respectueux d’un public connaisseur mais surtout sévèrement burné.

Passionnés, les cinéastes se sont déchargés de toutes les scènes marquantes qu’ils avaient en tête, livrant un condensé de références multiplateformes; les auteurs ne cachant pas leurs goûts en matière de cinéma, manga, comics et jeux vidéo. Dahan nous confie même que certains plans seraient directement tirés de clichés de photo-journalistes : de la guerre civile essentiellement, les zombies seraient une vague de réfugiés parqués et mourant de faim. Il y a aussi derrière La Horde une volonté de se démarquer des clichés sur le cinéma de genre, c’est pourquoi le casting ne comprend aucun acteur de moins de 35 ans ou autre bimbo écervelé, car un visage est avant tout un paysage et qu’on illustre un film badass avec des gueules : des vraies. Nous avons droit à quelques précisions sur l’écriture des dialogues afin que ceux-ci soient réalistes sans être risibles; chose extrêmement difficile dans le cinéma français. Pour éviter toute tendance à tomber dans le cheap, les deux réalisateurs ont poussé le directeur de la photo, Julien Meurice, dans ses derniers retranchements pour créer une texture propre au film.

D’autres questions plus politique et idéologique ont lancé Dahan sur de longues diatribes dithyrambiques accompagnées de gestes et d’expressions imagées tout en singeant l’accent toulousain qu’on lui connait. Yannick Dahan est dans la vie comme à l’écran : un cinéphile sincère et engagé. Qu’il parle sérieusement de son film ou plaisante allégrement sur le cinéma français, il sait capter l’attention de son public : un conteur moderne. Darkplanneur a d’ailleurs parfois du mal à retenir cette boule d’énergie et l’on se doute que le montage de cette interview se révélera épique !

Au fur et à mesure des questions posées, Dahan semble inépuisable, inarrêtable, intarissable : une véritable Kalashnikov AK-47 débitant 600 mots à la minutes. Lors de la fatidique dernière question : « Yannick Dahan, de quoi as-tu peur ? » on pourrait presque penser qu’il répondrait de s’enrailler, mais il va conclure simplement sur : « la peur de la mort » cette grande faucheuse qui l’aurait inconsciemment poussée à coréaliser le premier véritable film d’action français avec des zombies dedans.

La Horde, un film de Yannick Dahan et Benjamin Rocher, sortie en salle le 10 février 2010.