Morse : avis
Posté le 4 février 2009 par Desperate Zombie dans Cinéma, critique de film avec comme tags vampireQuand j’ai appris il y a quelques temps que Morse passera dans la petite salle de ma ville (Ciné Alhambra qui risque de malheureusement fermer…) j’étais fou de joie.
Morse est le genre de film où je me dis souvent qu’il faudra que j’attende 6 mois pour le visionner en DVD parce il ne passera surement pas chez moi…
Merci à eux donc.Morse a eu la bande annonce qui m’a le plus accroché l’année dernière. Par conséquent, c’était le film de 2009 que j’attendais le plus. Coup de chance : il sort en début d’année, soit aujourd’hui.
Je n’ai pas plus réfléchi que ça, je devais voir ce film à la première séance , le jour de sa sortie. Je me suis donc exécuté.
J’avoue que mon amour pour le Cinéma, est extrême. Il est hors de question pour moi de voir un film pour la première fois dans de mauvaises conditions. Les bonnes sont que le film ait droit à une projection de qualité : version originale sous titrée en français, image de qualité (un bon dvd ou mieux : au cinéma ou même en HD), etc…
C’était le cas ici, et pas pour Hellboy 2 par exemple que du coup j’ai zappé…
Cet amour est tellement extrême qu’inconsciemment, en partant vers la salle de cinéma, je me suis mis un peu en conditions. Je me suis isolé en rivant mes écouteurs sur les oreilles et en écoutant un excellent groupe que j’ai découvert depuis peu : Yndi Halda. Le style de musique me mettait clairement déjà dans l’ambiance.
En marchant vers la salle de cinéma, je me suis même mis à regretter que la neige ait déjà fondu. Morse se déroulant en hiver où la neige est particulièrement présente, j’aurais eu déjà un peu l’impression de pénétrer dans l’univers du film…
Arrivé au guichet, je remarque un fascicule édité par Mad Movies sur Morse. Je m’en empare tout de suite. Le guichetier me demande quel film je veux voir, je lui montre mon fascicule. Il me dit alors que je fais un excellent choix. Je lui réponds que pour moi le fait qu’ils diffusent ce film, est un vrai bonheur , je n’aurais jamais cru pouvoir le voir au cinéma. Il me dit qu’en plus c’est vraiment bien, le film a eu le grand prix à Gérardmer. Je lui réponds que je le sais, et que ça m’a fait plaisir à moi aussi.
Il avoue espérer que ça aidera peut être le film à avoir du succès. Je partage alors avec lui mes doutes, la sortie d’un certain Twilight lui fera sans doute de l’ombre…Me voilà assis dans la salle, seul. Ciné Alhambra n’attire pas beaucoup de monde, le film non plus. J’ai comme une impression de déjà vu. La projection de Rec me revient alors à l’esprit.
Le film commence dans plus de dix minutes et je n’en peux vraiment plus. Je meurs d’impatience que la projection démarre. En attendant, je feuillette le petit fascicule sur lequel j’ai sauté auparavant. Il y a une interview du réalisateur, et un extrait de celle-ci retient mon attention : « dans Morse, tout se joue dans les regards, les non-dits. Kare Hedebrant et Lina Leandersson, mes deux acteurs, ont tous les deux quelque chose d’extrêmement profond dans les yeux ».
Quelques minutes plus tard, la projection commence enfin, et je resterais seul pendant tout la projection.
Quasiment deux heures plus tard, je sors de la salle, les yeux troublés par quelques larmes…
Cette phrase du réalisateur, n’est pas une accroche bêtement commerciale, elle est totalement vraie.
Durant le film, tout se joue sur les regards, que ce soit pour les deux protagonistes principaux que pour tout ceux qui les entourent. A ce jeu de non-dit, le réalisateur y ajoute le non-vu en jouant sur le focus. On passe assez souvent du net au flou renforçant la finesse du film et son esthétisme affolant.
Sans tomber dans l’esbroufe, le réalisateur nous offre des images d’une beauté bouleversante, aidé par une photographie de haute volée.
Cet aspect graphique du film va de paire avec l’histoire de celui-ci. Il n’y a aucun effet superflu. D’ailleurs le terme qui va très bien avec Morse est « l’épure ». Épure dans le gore, où celui-ci n’est uniquement là que quand il le faut, pour servir la narration, et non l’inverse. Épure dans la mythologie vampirique, où celle-ci est finalement très peu présente. Épure dans les sentiments, où ceux-ci ne sont exprimés que par des regards, des frôlements et des mots d’enfants.
En dehors de tout les éléments que j’ai énuméré plus haut, et aussi l’excellent scénario tiré du livre, le film est particulièrement bien servi par ses deux interprètes principaux. Ils sont absolument bluffants, stupéfiants, troublants. Lina Leandersson, qui interprète Eli est sans aucun doute un choix de maitre. Celle-ci a un visage qui lui donne un aspect plus vieux que ses « 12 ans ou presque » comme Eli se plaît à dire. Pourtant c’est totalement contrebalancé par ses grands yeux d’enfants et ce doux sourire qui se dessine sur son visage quand Eli est en présence d’Oskar.
Son regard qu’on voit vers la fin du film est toujours là, dans mon esprit et m’a arraché quelques larmes…
Je suis amoureux du cinéma fantastique. Celui-ci est un genre polymorphe auquel on peut greffer énormément de thématiques, de styles et d’histoires.
Morse est un film de vampire comme jamais je n’ai vu. Une oeuvre profondément humaine où l’on voit un immense amour se dessiner délicatement, un père près à tout pour sa petite fille devenue vampire, et bien d’autres histoires qui se croisent parfaitement.
Une fois le film terminé, il ne nous a pas totalement quitté. On est troublé de se dire que le chaos narré dans le film survient alors qu’il n’y aucune mauvaise personne, aucune véritable mauvaise intention (en dehors des ados qui harcèlent Oskar). Le mal est là, malgré elles.
Une véritable leçon donnée à ce Cinéma bien trop souvent manichéen.
La Suède a sans aucun doute trouvé chez Tomas Alfredson, un immense réalisateur.
Oskar est un adolescent fragile et marginal, totalement livré à lui-même et martyrisé par les garçons de sa classe. Pour tromper son ennui, il se réfugie au fond de la cour enneigée de son immeuble, et imagine des scènes de vengeance. Quand Eli s’installe avec son père sur le même pallier que lui, Oskar trouve enfin quelqu’un avec qui se lier d’amitié. Ne sortant que la nuit, et en t-shirt malgré le froid glacial, la jeune fille ne manque pas de l’intriguer… et son arrivée dans cette banlieue de Stockolm coïncide avec une série de morts sanglantes et de disparitions mystérieuses.
Il n’en faut pas plus à Oskar pour comprendre : Eli est un vampire. Leur complicité n’en pâtira pas, au contraire…
Voir la présentation du film ici et là, et les prix qu’il a obtenu (avec mérite) à Gérardmer par là.


