Rec : avis à chaud

Posted by Desperate Zombie on juin 06, 2008 in Cinéma, critique de film tagged with ,
Je reviens tout juste (ou presque…) de la projection de Rec.
Avant d’en venir plus précisément à ce film, je vais vous raconter pour une fois un peu ce qu’il y a eu autour de cette projection.
Alors, oui, je donne mon avis à propos du film un peu tardivement le film est sorti depuis un moment maintenant (je vérifie…effectivement, il est sorti le 23 avril chez nous…), mais c’est le prix à payer pour voir un film de ce type dans de bonnes conditions alors qu’on vie dans une ville de province. Quand je parle de bonne conditions, c’est évidemment la possibilité de voir le film en VO. Ce point était d’autant plus important ici, que Rec se réclame du cinéma vérité. Le voir en version doublée aurait charcuté la moitié des sensations, j’en suis certain.
Par bonheur donc, un petit cinéma dans mon coin a décidé de le passer. La seul séance me convenant était ce soir (hier soir en fait maintenant…) à 22h. Personne pour me raccompagner, pas grave je me ferais la route du retour à pied, ça me prendra que 20 ou 30 minutes.
Me voilà donc dans la salle de projection, à 22h attendant que le film démarre.
Je suis seul dans la salle, pas étonnant vu le type de film, vu la salle où je suis (on est souvent très peu dans la salle de projection), vu le jour où j’ai décidé de regarder ce film (la fête de la musique !). Les conditions de projection seront donc idéales (à mon goût).
1h20 sont passées, le film est terminé. 80 minutes que je n’ai pas vu filer, la sensation du temps qui passe est vraiment relative.
Une durée parfaite pour un tel film. Cette courte durée n’empêche pas qu’on est épuisé après le visionnage.
Mis à part l’assez longue mise en bouche du film (en gros la mise en conditions, et la présentation des protagonistes), celui-ci est particulièrement intense. L’action et la tension sont non stop. Les réalisateurs ne nous laissent aucun répits.
De la première apparition des zombies à la dernière, ont est sur les genoux.
Les sensations sont fortes, l’attachement qu’on a pour Angela et son caméraman démultiplie l’implication. Évidemment, il n’y a pas que ça, le procédé utilisé y est pour beaucoup.
Le concept de la caméra intégrée à l’histoire, est utilisé bien différemment que par Romero dans son Diary Of The Dead (j’y reviendrais dans cet article, ou dans la prochaine critique de celui-ci).
Dés le début, les réalisateurs impliquent profondément la caméra dans le déroulement de l’histoire, dans les événements. L’objet, l’oeil du spectateur, du caméraman, entre sans cesse en collision avec la réalité du film : le rejet de la caméra par un des policiers, la caméra se cogne sur les murs, sur les gens, elle se faufile partout pour mieux voir.
On nous rappelle souvent sa présence par ces artifices qui offrent également une sensation inédite de relief au film. En effet, dans le cinéma classique, il y a toujours une distance physique (mais aussi narrative) entre l’action et l’objectif. Dans ce type de cinéma on essaye à tout prix de faire oublier la caméra, à l’inverse de films comme Rec ou Diary Of The Dead.
Tout ce mélange d’éléments énumérés plus haut, font de ce film une sorte de rollercoaster, un train fantôme terrifiant.
Je tient d’ailleurs à revenir sur ce dernier terme « terrifiant ». Rec se base avant tout sur une rythmique binaire (tout comme le jeu Resident Evil par exemple) : l’attente insupportable puis l’action soudaine et puissante qui fait bondir du siège.
Il n’y a pas ici de malaise (pour rester dans les jeux) comme dans le jeu Silent Hill. Il y en a, à certains moments précis, mais ils sont bien souvent noyés dans l’action. On ne peut pas non plus parler ici de film gore, tant cet aspect est quasi effacé par l’urgence dans laquelle le film baigne.
Le caméraman est peut être courageux, mais pas téméraire, et encore moins suicidaire. Lors de gros moments de tension, il filme tout en s’échappant.
Heureusement, à aucun moment on se demande ici « pourquoi ce putain de caméraman ne lâche pas la caméra ! ». La réalisation, et l’implication du personnage efface heureusement ce défaut bien souvent présent dans le cinéma de ce genre.
Pour en venir justement à la réalisation, on ne peut qu’être fasciné par la réalisation des deux compères (Paco Plaza et Jaume Balagueró), ils ont du, eux et leur équipe, abattre un travail de dingues pour en arriver à un tel résultat de réalisme. Il faut souligner également l’excellente interprétation de tout les acteurs, sans qui le film aurait pu très vite se planter.

Le film vient donc de finir, je suis toujours seul dans la salle, je sors de celle-ci, je me retrouve dans un hall de Cinéma vide. Drôle de sensation. D’autant plus qu’en sortant, il fait nuit, et pourtant il y a beaucoup d’âmes dans les rues. Pourquoi je pense à 28 jours plus tard ?
Il fait chaud, l’ambiance dehors est électrique, fête de la musique oblige. Je commence donc mon périple dans cette nuit finalement assez noir (mal éclairée cette ville…). Rec est encore tout frais dans mon esprit, j’ai encore cette sensation bien particulière dans les jambes, signe d’un tension très forte ressentie durant le film. Les silhouettes que je croise me font penser à des zombies, ces maisons en mauvais état, à l’immeuble cloisoné de Rec. Je commence à me dire que c’était une drôle d’idée d’entreprendre de revenir seul, à pied, vers minuit, après la projection d’un tel film.
J’arrive au niveau de cette grande avenue sombre que je vais devoir arpenter, pendant des dizaines de minutes.
Je pense déjà à l’article que je suis entrain d’écrire à cet instant, je suis totalement concentré sur celui-ci, il s’écrit dans mon esprit, et me coupe de la réalité. Tellement, que je ne remarque pas cette bande de jeunes qui arrive en voiture à mon niveau. L’un d’entre eux sort alors sa tête de l’engin, et hurle après moi, me sortant alors totalement de ma concentration et me faisant bondir le coeur, comme lors de nombreux moments dans Rec. Heureusement la voiture ne s’arrête pas.
Quelques minutes plus tard, je croise un gars, seul avec sa bière. Il me demande l’heure, je lui dis que je ne l’ai pas sur moi. Je mens, car j’ai bêtement peur. J’aurais pu la lui lire sur mon portable, ou mon Ipod Touch, mais non. Une réaction stupide sans doute, mais j’ai l’esprit perturbé à ce moment.
Pourtant, durant le trajet, je me demande qui devrait être effrayé. Moi ou les gens qui me croisent ? Bizarre de croiser un mec seul, dans la pénombre, au regard fixant le vide (en fait cet article que vous avez sous les yeux) et ornant sur son t shirt une drôle d’inscription (« Maniac » en écriture de sang, en référence au film éponyme).
Mais je ne faisais peut être pas si peur que ça, j’ai croisé quelques minutes après, trois filles se tenant l’une l’autre, et me décochant un aussi soudain que joviale « bonsoir ». Moi décontenancé, je leur répond par un « bonsoir » que je veux tout aussi joviale. Pas sur que j’ai réussi…
Pendant le trajet, je regrette un peu de ne pas avoir pris avec moi mon appareil photo. Je vous aurais fais une vidéo un peu à la Rec, me filmant moi même dans la pénombre, vous racontant mes sensations du moment, mes impressions sur ce film que j’ai tant attendu et que j’ai enfin visionné.
Tant pis, j’ai préféré le laisser à la maison, tant mieux, j’aurais vraiment fait peur aux personnes que j’ai croisé (un mec qui parle tout seul dans le noir…).
Une fois arrivé à la maison, la porte fermée à double tour, je souris au ridicule de cette peur qui ne m’a pas lâché durant le trajet.

Mais finalement je me dis que j’ai vraiment vu Rec dans les meilleurs conditions possibles, car il m’a accompagné dans ma réalité. Un film qui me laissera sans aucun doute de sacrés souvenirs. De tels souvenirs que je ne voudrais pas gâcher par un autre visonnage de ce film. Ce type d’œuvre ne se regarde sans doute qu’une seule fois.
Je suis content, mon coeur a bondi pendant le film, et même après.

Qu’il est bon d’être cinéphile.