Death Proof : critique

Posté le 2 août 2007 par Desperate Zombie dans Cinéma, critique de film avec comme tags

Dire que Grindhouse a été le fruit de nombreux fantasmes est un euphémisme. L’idée de recréer à notre époque un concept porteur de toutes les valeurs (si on peut appeler ça comme ça) du pur cinéma d’exploitation en a fait jubiler plus d’un. D’autant plus que cette idée sort tout droit de l’esprit tordu de vrais amateurs du genre : Tarantino et Rodriguez. Cette œuvre régressive a pourtant eu très vite un goût amer.

Pour parler clairement, Grindhouse s’est totalement planté lors de sa sortie aux USA. L’aspect totalement décalé de l’œuvre (double programme et quelques autres éléments) en ont rebuté plus d’un. Le distributeur a même du rédiger une notice pour que les spectateurs ne partent pas à la fin du premier film…
Pour le reste on le sait, dans le reste du monde, on a uniquement droit à un version rallongée des deux films, sans l’aspect double programme et les friandises que constituaient les fausses bandes annonces. Une aberration totale sachant que ça constituait la substantifique moelle de l’œuvre.

C’est donc une version rallongée de Death Proof qui est sortie il y a quelque temps. Cela en constitue un point fort mais aussi un point faible. Le point fort est qu’on a plus de matière à visionner et que les dialogues « tarantinesques » sont plus présents. Mais ce dernier point est aussi la faiblesse du film tant ceux-ci sont longs et charcutent donc le rythme enlevé du Death Proof qu’on aurait du avoir sous les yeux. Ce film devait être un élément de l’œuvre festive qu’aurait du être Grindhouse. Il devait être vu dans un certain contexte. Celui-ci n’est plus, et de ce fait, le dernier film de Tarantino a perdu une partie de son charme.

Ces fameux dialogues sont tel une signature de Tarantino même si ces derniers sont étrangement très portés sur le sexe (Tarantino fan de sex & the city ?). Le coté faussement rétro (par la musique évidemment mais aussi par ces faux raccords, sautes d’images, et la colorimétrie délavée), les nombreux plans sur les pieds des nombreuses pin-up du film (fétichiste !) et le coté référentiel (voir autoréférentiel, je vous laisse le plaisir de le découvrir) sont aussi là pour nous marteler dans la tête le nom de cet ancien loueur de cassettes. Ils donnent à ce film une forme de fan-movie faisant du pied (toujours cette histoire de pieds) aux connaisseurs.

Le film prend donc son temps pour installer tout ça et fini par presque oublier la raison de son existence : craquer les slibards des fans de ciné d’exploitation d’antan ! Autant être prévenu de suite : Death Proof contient uniquement deux scènes du genre coupées elle-même en deux. Comme pour un bon porno, on attend la fin des interminables dialogues pour enfin se faire plaisir. Ces scènes sont donc « jouissives » (surtout qu’on les a longuement attendues), mais finalement pas si gore que ça. Death Proof n’est pas un film d’horreur, il faut le savoir. Pourtant, ça n’enlève en rien à la jubilation qu’offrent ces longues poursuites où explosent chaires et ferrailles. Un pur plaisir régressif.
Cet aspect jubilatoire est démultiplié par un Kurt Russel au sommet de son art dans un rôle totalement ambivalent.

Du coté du casting, il ne faut surtout pas oublier les nombreuses déesses présentes dans le film à travers leur sensualité mais aussi leurs couilles. Car si pendant une partie du film, Tarantino reprend l’aspect misogyne de ce cinéma d’exploitation, il a très vite le plaisir d’inverser le tout pour faire de Death Proof un pur film badass sexiste(d’ailleurs, une des demoiselles porte un t-shirt où ce terme apparaît). Une autre signature du maître qui nous a souvent prouver qu’il adore les héroïnes.

Alors, Death Proof, déception ou non ? C’est une déception si vous venez voir un film d’horreur / d’exploitation intense, ça ne l’est pas si vous êtes fan de Tarantino (même si Death Proof est son œuvre la plus mineure).