Bug : critique

Posté le 5 août 2007 par Desperate Zombie dans Cinéma, critique de film avec comme tags
Agnes, serveuse dans un bar, vie seule dans le fin fond du désert, dans le fin fond de sa chambre d’hôtel qui reflète quelque peu son état. Un soir de beuverie, elle rencontre Peter, un vagabond mystérieux qui semble près à s’occuper d’elle, à combler cette terrifiante solitude. Ca semble alors commencer telle une histoire d’amour légère, mais le malaise imprègne l’ambiance. La menace rode, Peter remarque que l’invasion des insectes a commencé.
Peut être vous ai je trop dis sur ce film dont la bande annonce m’a totalement troublé lors de son passage à Cannes l’année dernière. Si vous le souhaitez, ne lisez pas la suite de cet article et regardez cette grande oeuvre. Pour les autres, ceux qui ont vu ce film, où qui aiment en savoir plus, lisez la suite.

Ce film est réalisé par William Friedkin. Ce point est loin d’être anodin. Il a réalisé l’Exorciste, oeuvre immense qui a marqué son temps, notre temps, notre culture. Comme pour tout artiste qui a créé une telle oeuvre, il est difficile de revenir tant on est attendu au tournant, tant il est difficile de retrouver ce moment de grâce artistique. Mis à part le soubresaut qu’a été l’excellent Traqué, il a été quelque peu oublié par la critique et les fans.

Bug marque donc son grand retour ? C’est ce que la presse nous martel depuis Cannes en tout cas… Et ils ont raison les bougres ! Bug est réellement tétanisant, on retrouve quelque peu les sensations de la première projection de l’Exorciste. Une déstabilisation totale, un effroi qui va crescendo, une réalité envahie, violée par la violence de l’improbabilité. Bug est un film viscéral, qui se rapproche un peu du thème de la chair, qui est cher (sans jeu de mot) à Cronenberg. Cette chair exposée de manière sublime durant l’unique scène de sexe du film (moment pivot). Cette chair ignoblement mutilée car cachant soit disant ces insectes parasites.

Friedkin balade magistralement (mais sans artifice) sa caméra dans les moindres recoins de cette chambre qui va être le théâtre (c’est le cas de le dire, ce film est à l’origine une pièce de Tracy Letts, adaptée par lui même), on le sent, d’un terrible évènement. La réalisation est très stylisée dans tomber bêtement dans l’artifice.

Il ne faut surtout pas oublier de parler de l’interprétation de Ashley Judd et Michael Shannon. Ces derniers sont incroyables tant ils semblent habités par leur role. Ils permettent à Friedkin d’ancrer d’autant plus sont récit dans la réalité. Pourtant, les personnages vont particulièrement loin dans la folie, tellement loin d’ailleurs que Ashley Judd frole le cabotinage.

Le thème de Bug est bien évidement d’actualité, tant la paranoïa est de mise dans le pays de l’oncle Sam. Les personnages et cette chambre semblent être le reflet d’un pays qui se referme de plus en plus sur lui même, et qui entretient par lui même cette peur latente. Agnés peut être alors vue comme une caricature de ces habitants qui sont fragiles et qui peuvent facilement tomber dans cette folie.

Bug est donc un film très contemporain et clairement lié à son pays mais est à contrario très universel. Un vrai film d’auteur, mais aussi de genre comme on aime les déguster.

Welcome back William