300 : critique

Posté le 5 août 2007 par Desperate Zombie dans Cinéma, critique de film avec comme tags

300 est un des plus gros évènements de l’année. Ce n’est donc pas pour rien qu’il est déjà en pôle position du box office et que les critiques s’entre déchirent.

Un film aussi spécial ne pouvait qu’en arriver là : diviser.

Mon point de vue est celui-ci : c’est une grosse tuerie. Mais quel sens donner à cette affirmation ? Oui, de part son thème (la lutte d’un petit nombre d’hommes contre une immense armée) on peut parler de tuerie. Mais aussi de par ses qualités, il peut être considéré comme un très bon film.
300 enchaîne donc les combats filmé avec classe, et ralentis. Ces derniers ont été critiqués. Ce que je trouve assez stupide vu qu’ils permettent à la fois de magnifier chaque plan, mais surtout de rendre enfin visible une action qui est pourtant très intense. Y en a ras le bol de ces films où la caméra vire volte partout sauf là où on le voudrait pour pouvoir comprendre ce qu’il se passe. Dans 300 on a le temps d’admirer et on sait où on est. Pourtant, le dynamisme n’est pas mis de coté, on ressent réellement la surpuissance des combats. La gestion de l’espace est remarquable.
On a le temps de regarder ce qu’il y a en premier, mais aussi en deuxième plan, tout comme dans une BD.
Il est rare de voir au cinéma des ralentis placés avec autant de style et finesse. Aucun d’entre eux n’est superflus (ou presque).

Zack Snyder prouve ici toute son intelligence de réalisateur. Il réussit à donner une immense ampleur à des combats qui sont pourtant très confinés. Les plans d’ensemble sont assez rare. Il cherche absolument à nous faire vivre l’action, il veut que le spectateur se sente au coté des Spartiates (ce qui peut être gênant, j’y reviendrais plus loin), qu’il souffre et jouisse avec eux. Il a largement réussi son pari à ce niveau.

Cette empathie avec les personnages principaux est démultipliée grâce à l’implication des acteurs qui nous offrent un jeu particulièrement habité (Gerard Butler en tête). Le casting est impeccable. Ils ont osé prendre des acteurs moins connus, leur pari est gagné.

Alors oui, on peut critiquer le fait que le film parait quelque peu vide scénaristiquement parlant. La partie du film qui est consacrée à la reine est là pour ajouter un peu de consistance au film, sans forcément totalement le réussir. Cette partie a été imposée par la production, et ça se sent. Mais nous ne sommes pas là pour cogiter, mais pour vivre une expérience !

Zack Snyder l’a clairement dit : il n’a pas voulu faire une reproduction fidèle de la Grèce antique, mais nous en foutre plein la gueule. Et il a réussi le bougre. Je ne pourrais compter le nombre de scènes qui m’ont laissé bouche bée. Tout est réunit ici pour vous décrocher la mâchoire : une réalisation incroyable (dont je vous ai parlé plus haut), une violence totalement décomplexée mais aussi une très grande sensualité. C’est de la dark fantasy, pas un péplum !

Il ne faut pas oublier de parler de la partition de Tyler Bates qui peut parfois se rapprocher du travail de Poledouris pour Conan. Ce qui est largement justifiable tant celle-ci est une référence absolue. Mais elle ne se borne pas à un simple copier/coller grâce notamment à l’ajout de nappes de guitares électriques qui collent parfaitement à l’esthétique du film.

300 peut être considéré comme un digne représentant de ce qu’est le cinéma du futur très proche (bien plus que Sin City) ! Chaque plan a été extrêmement travaillé. Tout ou presque qui est à l’écran est généré par ordinateur. Et pourtant ça ne choc pas, bien au contraire. Grâce à une image astucieusement granuleuse et un véritable travail d’orfèvre, on oublie le numérique pour pouvoir admirer ce qui ressemble bien souvent à des fresques. Ca peut ne pas plaire. On va nous ressortir l’habituel « ah je n’aime pas, ça fait trop jeux vidéo« . Il serait temps de stopper ce discours un peu dépassé. On est au delà de ça désormais.

Le film a engendré pas mal de polémiques, et je ne parle pas ici de discussions sur le fait que le film est bon ou pas. Premièrement en Iran, où ses habitants ce sont sentis offensés par la représentation des Perses. Il faudrait qu’ils apprennent un jour ce que veut dire « fiction ».
L’autre polémique concerne la doctrine que prônerait 300. Cet aspect était déjà présent dans la graphic novel de Miller, et ce, de manière encore plus forte. La société Spartiate avait une idéologie particulièrement dérangeante : ils éradiquaient des nouveaux nés mal formés, ils prônaient le sacrifice et la guerre. Si on met en parallèle une partie de ces aspects (on voit aussi un « démocrate » qui est forcément un traître et qui est exécuté sur le champ), avec notre actualité, ça peut devenir particulièrement dérangeant. Surtout qu’en regardant le film, on est à leur coté, et non à celui des Perses.
D’un autre coté, c’est intéressant de voir un film qui pour une fois n’a pas des personnages principaux au dessus de tout reproches. Pour une fois, le spectateur n’est pas tranquille dans son petit confort car il se sent proche d’un personnage de film qui est absolument parfait.
Il faut avant tout voir 300 pour ce qu’il est : un pur divertissement défoulant.

Merci mister Snyder, je crois que tu as réalisé le fantasme de pas mal de fanboys !

Ps : Je reviens vite fait sur l’adaptation française : le doublage n’est pas forcément insupportable, mais il n’arrive pas à la cheville de la VO. Mais il y a un autre problème : c’est quoi cette merde de rap français dans la deuxième partie du (superbe) générique ? Ca n’a clairement rien à foutre là ! Heureusement qu’ils ne nous ont pas mis ça en plein milieu du film, sinon j’aurais bien pu quitter la salle à cause de ça ! pfff

Ps 2 : Je n’ai pas cherché ici à rapprocher le film à la graphic novel car je ne l’ai pas encore lue. Mais selon ce que j’ai pu lire, mis à part quelques coupures (cf l’idéologie), il serait particulièrement fidèle.